• Calendrier Parcoursup 2019/2020

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  • Voici un poème choisi par Michel Roselmack, responsable de la maintenance au lycée. Il s'agit d'un texte de Sonny Rupaire, considéré comme un des premiers auteurs à écrire en créole guadeloupéen, qui évoque le travail des ouvriers et paysans antillais rythmé par les sons du tambour.

    Nous vous livrons le poème en versions originale et française.
     
    Ou vwè noutout fèt é grandi.
    Tu nous a tous vus naître et grandir.
    Nou fè ‘w viv èvè lokans a dwèt an nou,
    Nous t'avons fait vivre avec l'éloquence de nos doigts,
    an kadans a doulè an nou,
    au rythme de nos douleurs,
    a lenbé an nou.
    de nos chagrins.
    Nou fè ‘w ri a pèd souf
    Nous t'avons fait rire à en perdre le souffle
    Lè sa té ka rivé nou ri.
    Lorsqu'il nous arrivait de rire.
    É byendéfwa, douvanjou,
    Et bien des fois, au lever du jour,
    lè lé répondè té kagou
    lorsque les répondeurs étaient à plat
    nou pran sonmèy an kontribann,
    nous avons pris sommeil en douce,
    tèt an nou apiyé si zépòl a ‘w.
    notre tête appuyée sur ton épaule.

    Tanbou,
    Tambour,
    ou sé on pyès-fanm,
    tu es une forte femme,
    doubout dwèt kon bitasyon san bityé ;
    debout droite comme un champ non défriché ;
    mouchwè anpizé, maré san on pli
    mouchoir empesé, amarré sans un pli
    lantou tèt a ‘w,
    autour de ta tête,
    ren sanglé pou ‘w pé sa woulé,
    les reins sanglés pour que tu puisses travailler,
    pou ‘w wouklé, pou ‘w boula ;
    pour que tu beugles, pour que tu martelles ;
    Ha ! Tanboudibrèz !
    Ah ! Tambour de braise !
    ou sé on fanm-bitasyon :
    tu es une paysanne :
    ou pa ni kolyé ;
    tu n'as pas de collier ;
    ou pa ni zanno,
    tu n'as pas de boucles d'oreilles,
    mé lè ou bay lavwa,
    mais lorsque tu donnes de la voix,
    sé onsèl voumtak, onsèl voukoum,
    c'est un seul tumulte, un seul vacarme,
    moun ka santi yo adan on nich a taktak.
    les gens se sentent dans un nid de fourmis noires.
     
    An tan maléré pò té kò obliyé
    Dans le temps où les miséreux n'avaient pas encore oublié
    onlo sé mèt a déotwa.
    (que) beaucoup est maître de quelques uns.
    A lè yo té ka kwè toujou
    A l'époque (où) ils croyaient encore
    pli ni dwèt ka woulé
    (que) plus il y a de doigts qui roulent (sur la peau du tambour)
    pli travay ka vansé,
    plus le travail progresse,
    - Tanbou pa di sa ! -
    - Le tambour n'as pas dit ça ! -
    konvwa-la té réglé an kadans a ‘w.
    le travail collectif était réglé sur ton rythme.
    Wop !
    Hop !
    Tout hou lévé ansanm
    Toutes les houes se sont lever ensemble
    kon kòk-genm an pit.
    comme des coqs de combat dans l'arène.
    Henkenchyen !
    Han !
    Léhou fésé ansanm
    Les houes se sont affesser ensemble
    adan mové zèb kon zépon.
    dans les mauvaises herbes comme des éperons.
    Tout sab té ka twazé ‘w menm lè.
    Tous les sabres te fixaient du même air.
    Wap si wap !
    Coup sur coup !
    On kouzyé, é sé té zéklè an kò a bwa.
    Un regard, et c'était la foudre dans le corps de la forêt.
    Adan syèl-la,
    Dans le ciel,
    Pwòp kon kokozyé a inosan,
    Propre comme le blanc des yeux de l'innocent,
    Sòlèy-la kon chadwon
    Le soleil tel un oursin
    Té ka fouré pikan a ‘y
    enfonçait ses épines
    An po a tout travayè ansanm.
    dans la peau de tous les travailleurs unis (dans l'effort).
    Tanbou difé !
    Tambour de feu !
    ou té ka bat
    tu battais,
    san pèd fil a ‘w,
    sans perdre ton fil,
    san jen pèd lakat.
    sans jamais perdre la main.
    Tout kè té ka kongné ansanm !
    Tous les coeurs cognaient ensemble !
    Lévwa té ka kriyé menm lè
    Les voix criaient le même air
    an tan maléré té ni lèspri a maléré !
    dans le temps où les miséreux avaient des âmes de miséreux !
     
    A lè yonn adan nou té chapé mizè,
    Au moment (où) l'un d'entre nous avait échappé à la misère,
    a lè i té kaskòd apré on dègné jou siren,
    au moment où il s'était enfui après un dernier jour de serin (rosée du soir),
    lavéyé té ka anonsé
    La veillée s'annonçait
    pou lézanmi vini di on dègné bonjou,
    pour que les amis viennent dire un dernier bonjour,
    dègné adyé a yo an kaz a mò-la.
    leurs derniers adieux dans la maison du mort.
    Ha, tanbou a maléré !
    Ah ! tambour des miséreux !
    ou té ka la ka bat
    tu étais là à battre
    bat é bat kon kè a jenn bougrès gyòk
    battre et battre comme le coeur d'une jeune fille pleine de vie
    an kaz a mò-la.
    dans la maison du mort.
    É ponmoun pa té ka fè ‘w pé !
    Et personne ne te faisait taire !
    Ponmoun pa té pé fè ‘w pé la !
    Personne ne pouvait te faire silence !
    Tanbou,
    Tambour,
    sé ‘w té ka di
    c'est toi qui disais
    sa noutout té ka kwè adan kè an nou
    ce que nous croyions tous dans nos coeurs
    asi lavi,
    sur la vie,
    asi lanmò a maléré.
    sur la mort des miséreux.
    Ou té ka di nou :
    Tu nous disais :
    « Lavi an nou sé fè,
    « Notre vie n'est qu'épreuve,
    mizè, maladi, dévenn ;
    misère, maladie, déveine ;
    é lanmò ka rivé pou nou
    et la mort arrive pour nous
    kon soulajman
    comme un soulagement
    apré soufwans,
    après la souffrance,
    kon lanbéli
    comme l'éclaircie
    apré movétan. »
    après le mauvais temps. »
    É nou té ka chanté,
    Et nous chantions,
    nou té ka dansé.
    nous dansions.
    Ou té ka la ka bat
    Tu étais là à battre
    bat é bat an kaz a mò-la
    battre et battre dans la maison du mort
    pou yonn di nou ki té chapé mizè,
    pour l'un de nous qui avait échappé à la misère,
    yonn adan nou ki té kaskòd
    l'un d'entre nous qui s'était enfui
    apré on dègné jou siren.
    après un dernier jour de serin.
     
    Jòdijou ou pé sèk ;
    Aujourd'hui tu t'es tu sec ;
    Po a ‘w ka grigné kon ta on vyékò las.
    Ta peau se flétrit comme celle d'un vieillard fatigué.
    Ou fwèt adan ti kwen a ‘w.
    Tu as froid dans ton petit coin.
    Ou ka chonjé an tan ou té mèt-a-mangnòk
    Tu te souviens du temps où tu étais le maitre du manioc (le leader)
    an tan ou té an tout sòs.
    du temps où tu étais dans toutes les sauces.
    Tanbou !
    Tambour !
    Délè yo ka vini soukwé ‘w an bobi a ‘w
    Des fois ils viennent te secouer dans ton assoupissement
    pou tanté fè ‘w dépalé,
    pour tenter de te faire divaguer,
    pou fè ‘w di
    pour te faire dire
    péyi an nou ka viv adan lopilans san soufwans.
    que notre pays vit dans une opulence sans souffrance.
    Mé ou ka fèmé kè a ‘w.
    Mais tu fermes ton coeur.
    Davwa yo vlé fè ‘w fè makak ba moun-dèwò
    Car ils veulent te faire jouer le singe pour des gens de l'extérieur
    ki byen foutépamal si maléré ka mò pa lafen.
    qui se fichent bien si des miséreux meurent de faim.
     
    Ou sav jou a ‘w pa lwen ;
    Tu sais que ton jour n'est pas loin ;
    ou ka filé lang a ‘w pou lapèldéchanpyon,
    tu effiles ta langue pour l'appel des champions,
    ou ka paré tout mo a ‘w pou chouboulé kè a moun,
    tu prépares tous tes mots pour chambouler le coeurs des gens,
    pou fè zyé an nou plen dlo,
    pour faire que nos yeux se remplissent d'eau,
    pou nou anrajé,
    pour que nous enragions,
    pou nou lévé tout ansanm,
    pour que nous nous levions tous ensemble,
    maré ren an nou séré
    amarrions nos reins serrés
    é désidé nou a rantré o konba !
    et nous décidions à rentrer au combat !
    Anbenn, ou ka véyé lè a ‘w :
    En douce, tu surveilles ton heure :
    lè moun péyi an nou dépi Lansbètran jis Vyéfò,
    l'heure où les gens de notre pays depuis l'Anse-Bertrand jusqu'à Vieux-Fort,
    dépi Marigalant jis Dézirad,
    depuis Marie-Galante jusque la Désirade,
    ké wouparèt nèf, pòtré a on timoun ki sòti fèt,
    réapparaîtront neufs, tel (portrait d') un enfant qui vient de naître
    ki sòti an vant a lalit.
    qui est sorti du ventre de la lutte.
    Ha, tanboudibrèz !
    Ah !, tambour de braise !
    Tanbou Gwadloup !
    Tambour de la Guadeloupe !
    Fout ou jenn lè lidé-lasa vini an lèspri a ‘w !
    Foutre que tu es jeune quand cette idée te vient à l'esprit !
     
     
    Sonny Rupaire
    1970
    Cette igname brisée qu'est ma terre natale
    Editions Caribéennes, 1982
     

  • Trois classes du Lycée René Cassin du Raincy ont rendez-vous avec un écrivain pour une Leçon de littérature le mercredi 27 novembre 2019!

    Pour plus d'informations sur la troisième édition des leçons de litterature (action de la région ile de france), cliquer ici.

  • Ce premier poème a été choisi par Marie DANET, professeure de philosophie au lycée. Il répond au premier poème publié par le collège Picasso de Montfermeil que vous pouvez lire ici : http://www.clgpicasso.fr/category/le-poeme-du-dimanche/
     

    En ce mercredi tout gris, voici donc un poème de Paul Verlaine sur la pluie qui tombe sur la ville, mélancolique, à l'image de son cœur triste :

     

    Il Pleure dans mon cœur
     

    Il pleure dans mon cœur
    Comme il pleut sur la ville ;
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon cœur ?

    Ô bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits !
    Pour un cœur qui s’ennuie,
    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison
    Dans ce cœur qui s’écœure.
    Quoi ! nulle trahison ?…
    Ce deuil est sans raison.

    C’est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi
    Sans amour et sans haine
    Mon cœur a tant de peine !

    Paul Verlaine
    Romances sans paroles (1874)